SOMMAIRE

Un peu d’histoire

Les origines

Les rejetons

Documentation

Dossier tiré du Tambourineur n°75 parution mars-avril 1988 sous la direction de Roland DELASSUS.

  Couverture du tambourineurDossier préparé par

– Jean Jacques RÉVILLON,
– Jacques LEININGER,
– Patrick DELAVAL,
– Gaby DELASSUS,
– Christian DECLERC et
– Roland DELASSUS.

Théophile CAREY,

Théophile CARREYluthier amateur à Dunkerque vers 1900.Entrepreneur de peinture, il n’a jamais touché un pinceau !
Toute sa vie il se consacra à sa passion : la lutherie .

Il est né à Arnèke le 12 juillet 1923 et est décédé à Dunkerque le 9 mars 1923.

Son atelier était situé 20, place du Palais de Justice.


Un peu d’histoire

Selon une opinion répandue, notamment dans les milieux autorisés, le violon tel que nous le connaissons aujourd’hui n’aurait pratiquement pas évolué depuis l’âge d’or de la lutherie italienne (fin XVIIème début XVIIIème siècle), cet apogée se situant 150 années après sa naissance.

Cette « réalisation géniale », pour reprendre I’expression de divers auteurs aurait, à cette époque, atteint la perfection, tant du point de vue sonore, qu’esthétique, rendant ainsi inutile toute possibilité d’évolution ultérieure.

Pourtant le violon que I’on fabrique en cette fin de XXème siècle n’a plus grand chose à voir avec les instruments des anciens maîtres du XVIIIème siècle : plus lourds, avec des ossatures de bois plus importantes, leur manche plus long, avec un renversement plus prononcé, une touche plus longue. L’esthétique diffère aussi sensiblement (voûtes, contours, dessins des ouïes, vernis…).

Il est par ailleurs extrêmement rare de trouver un violon ancien en état d’origine : ils ont été transformés pour les adapter aux exigences du jeu moderne, qui a, lui aussi, énormément évolué.

Les origines

Deux généalogies différentes sont proposées :

une filière orientale, via le ravanastron, originaire de I’Inde, qui aurait été introduit chez nous à i’occasion des croisades : et une filière européenne avec le CROUTH , instrument à archet des bardes celtiques. Une évidence semble s’imposer : I’utilisation de l’archet pour faire vibrer lcs cordes d’un instrument de musique est récente dans l’histoire. Alors que les cordes pincées sont largement représentées bien avant notre ère dans les bas-reliefs égyptiens, grecs ou romains, il faut attendre le IXème siècle après J.C. pour qu’apparaissent des représentations de cordes frottées (psautier d’Utrecht). C’est étonnant, si I’on considère que ce même principe de l’arc est à I’origine des instruments à cordes pincées (des cordes tendues sur un manche, ou deux manches, que I’on fait vibrer avec les doigts).

L’époque médiévale est celle de l’époque des vièles à archet (de formes et de tailles très variables), et du rebec (en forme de poire, dérivé pour sa part du rebab arabe). A cette époque, rien de bien standardisé, ni dans la forme, ni dans la taille, ni dans la façon de tenir I’instrument (sur l’épaule, ou sur les jambes).

Au XVème siècle s’individualise la famille des violes, jouées verticalement, entre les jambes ou sur un coussin, et dont le manche comporte des frettes. C’est I’instrument noble de la « grande musique » de l’époque, et sera en usage jusqu’au XVIIIème siècle.

Le violon apparaît vers 1520-1530, en France et en Italie. Rien de bien reluisant, dans cette naissance pour cet instrument qui sera d’abord l’apanage des ménétriers, des danceries populaires et des cabarets mal famés. Un texte de 1556, signé Philippe Jambe de fer illustre parfaitement cette lutte de classe par instruments interposés.

« Le violon est fort contraire à la viole. Premier, il n’a que quatre cordes, lesquelles s’accordent à la quinte de I’une à I’autre (…) Nous appelons violes celles desquelles les gentils hommes, marchants et autres gens de vertu passent leur temps (…) L’autre sorte s’appelle violon, et c’est celui duquel on use en dancerie communément. II se trouve peu de personnes qui en usent sinon ceux qui en vivent par leur labeur »

Au fait, il est né où, ce violon ? Pas facile à déterminer.

En France, on parle d’un luthier nommé Gaspard DUIFFOPRUGCAR , fixé à Lyon, mais né… en Bavière.

En Italie, à Brescia, Jean KERLIN, au nom germanique lui aussi.

Le premier auteur de violon retenu généralement est Gasparo DA SALO (1540-1609), installé à Brescia. Plus vraisemblablement, furent-ils plusieurs, au cours de ce XVIème siècle, à élaborer I’instrument qui allait se stabiliser dans ses formes, avec les AMATI, MAGGINI, et leurs élèves GUARNERI, RUGGIERI, GRANCINO, sans oublier le plus illustre d’entre eux, Antonio STRADIVARI (1644 ?-1737). Certains ont voulu voir, dans l’invention du violon, la griffe de ce génial touche à tout de l’époque : Léonard DE VINCI. Que voulez-vous, on ne prête qu’aux riches, et il semblerait qu’il ait été un peu luthier…

Les rejetons

Depuis cette époque prestigieuse, il apparaît inexact d’affirmer que l’instrument n’a pas connu de changement notable. Il n’a pas manqué, au cours des siècles, de luthiers, de chercheurs qui ont fait évoluer l’instrument : modification du renverscment, des épaisseurs, recherches sur lcs voûtes, les vernis. D’autres sont allés plus loin, et ont proposé des modifications radicales (certains méritent d’ailleurs le titre de « farfeluthiers »).

Je vous propose ci-après un catalogue (incomplet…) de ces avatars depuis l’origine.

  • Le quinton (XVIIIème siècle), possédant 5 cordes au lieu de quatre
  • La pochette de maître à danser : c’est un violon de poche, utilisé par les maîtres à danser du XVIIème et XVIIIème siècle. Le corps de l’instrument est minuscule, mais le manche a la taille du violon normal (ce qui distingue la Pochette des violons miniaturisés au 3/4, l /2, 1/ 4… pour enfants, qui ont des proportions respectées)
  • Le violon canne, inventé au milieu du XVIIIème siècle Par l’allemand Johann WILDE, musicien de la cour de St Petersbourg. Cette canne dont le fût est un peu « ventru » se transforme en violon. Le XIXème siècle a été l’âge d’or des cannes à systèmes (canne épée, canne briquet…)
  • Le violon sabot, dont on trouve quelques traces en Belgique et en Centre France. Le corps de I’instrument à la forme d’un sabot. Il s’agit d’un violon populaire d’origine indéterminée, mais dont I’aire de diffusion semble étendue, puisqu’il est encore fabriqué et joué en Pologne (violon ZLOBEZAKI)
  • Le « Violon général », inventé Par M. VINCENTI dans la Première moitié du XIXème siècle, comportant 18 cordes et reproduisant le son du violon, de la viole, du violoncelle et de la contrebasse…!!
  • Le violon de SAVART, physicien (1791-1841), inventeur d’un violon trapézoïdal, aux ouies droites. Ii devait posséder certaines qualités, car il a soutenu la comparaison avec un « Strad », lors d’essais par le même instrumentiste caché derrière un rideau. Cette expérience a été réalisée lors de la création, en 1819, mais également en 1957 dans des conditions plus rigoureuses : les résultats étaient équivalents.
  • Le violon en forme de guitare, de Francis CHANOT (1787-1823), ingénieur de marine natif de Mirecourt, et dont le père et le frère étaient luthiers.
  • Les diverses inventions de G.TARLE, médecin français, luthier amateur du début du XXème siècle. L’une d’elles reprenait le principe du CROUTH, avec un pied du chevalet qui rejoignait le fond du violon. Une autre, la Vigorine, était susceptible de donner une sonorité acceptable au violon le plus aphone.
  • Signalons également les diverses tentatives d’un luthier lillois, J. LAPLAIX (vers 1850) : éclisses et tasseaux d’une seule pièce, forme ovale de la caisse.
  • Le violon-muet, dépourvu de caisse de résonance, il permet de s’entraîner chez soi sans déranger les voisins.
  • Le violon à pavillon : c’est une invention du début du siècle. Dépourvu lui aussi de caisse de résonance, il utilise le principe du phonographe pour amplifier la vibration des cordes. Cet instrument au son étonnant fut utilisé par des violoneux (Constant CHARNEUX, en Wallonie, que I’on peut entendre sur la cassette de collectage de I’association TRACES, Eugène VINCENOT, en Poitou, Willie SINCLAIR, appelé « Blind fiddler » aux Iles Shetland’..). Inventé à l’origine pour réaliser les premiers enregistrements sur cylindre (le violon normal n’arrivant pas à se faire graver dans la cire des cylindres), cette invention fut commercialisée comme instrument à part entière, notamment pour jouer du jazz. La maison BEUSCHER en proposait trois types différents à son catalogue.
  • Depuis l’invention de l’électricité cité et de ses applications multiples, le problème de I’amplification du son d’un instrument se pose différemment Il ne s’agit plus de jouer sur les composantes acoustiques, et à la limite, I’aspect lutherie devient secondaire au profit de la composante électronique. Ceci-dit, et quelles que soient les prouesses techniques et les recherches entreprises, il n’apparaît pas que le violon électrique ait détrôné « LE » violon acoustique dans l’esthétique musicale actuelle. Son emploi se généralise, pour d’évidentes raisons pratiques (essayez violoneux donc de remuer sur une scène en étant planté devant un micro à pied) dans certains types de musique (jazz, rock, variétés) avec un son qui se distingue parfois difficilement des autres instruments électriques. L’électrification a pour effet de gommer I’attaque de I’archet sur la corde, si spécifique à I’instrument. En revanche, le violon acoustique reste roi dans les milieux musicaux qui sont liés à son histoire : le folk, héritier lointain des ménétriers du XVIème siècle qui ont révélé I’instrument, et la musique classique, où il reste la composante principale de I’orchesrre.
Jean Jacques RÉVILLION

Documentation

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Remerciements à Éric PÉTILLON pour ses archives documentaires